CPE, C’est Plié, Enterré…

Publié le par Gérald Alexandre Roffat

CPE, C’est Plié, Enterré…

Ce n’est pas un scoop. On le sait depuis hier. Ce qui me semble relativement plus audible aujourd’hui, c’est le discours des pro-CPE. Dans le journal metro de ce matin, on reprenait les propos d’un dénommé Hicham, BTS de logistique en poche, en recherche d’emploi après 16 mois de prison :

« Le CPE, pour moi, c’était plutôt une bonne chose. Si tu fais ton boulot sérieusement, pourquoi ton patron te licencierait-il ? Ici, on avait le choix entre le CPE et rien. A ma place, tu choisis quoi ? Quand j’entends les revendications des étudiants qui parlent de précarisation, ça me rend fou ! Qu’ils viennent passer un week-end ici, ils verront ce que c’est la précarité. »

On pourra opposer à Hicham que de tous temps des gens sont sortis de la m… en faisant des études plutôt qu’en fréquentant les loubards de leur siècle. On pourra lui dire qu’on a pris sa défense car il est en position de faiblesse (il pourra remercier plus tard les salariés en poste en CDI qui ont manifesté pour lui). N’empêche, qui va lui donner sa chance ?

Ce week-end, on pouvait lire dans le quotidien de centre gauche portugais Publico Domingo, au sujet des points communs entre mai 1968 et mars 2006 : « les analogies entre les deux mouvements se résument au lieu (la Sorbonne occupée) et aux images (des défilés d’étudiants et des confrontations avec la police). Les slogans mal récupérés de 1968 ne font qu’accentuer le gouffre entre l’idéologie bouillonnante de 1968 et le manque criant de propositions politiques (alternatives à la recette « néolibérale ») d’aujourd’hui. » (Traduction : Courrier International) Effectivement…

Voir des anti-CPE jouer au football, dans les couloirs d’un établissement scolaire occupé, comme la semaine dernière à la TV, c’est déprimant. Voir l’intervention télévisée du président CHIRAC, c’est déprimant. Voir des syndicalistes vigilants mais qui ne proposent rien, c’est déprimant. L’espoir, le bon côté des choses, c’est qu’on approche du fond de la piscine. Non ?

La poussée de globalisation de l’économie a changé le monde. Il faut s’adapter.

Flexibilité, précarité… je pense que l’important pour tout le monde, c’est d’avoir accès au logement qu’on travaille en CPE, CNE, CDD, CDI, Intérim ou autre. Irréformables les Français ? Opposés à un traité constitutionnel européen ? Je crois plutôt qu’on a pas envie de s’aligner vers le bas. Vu dans le quotidien métro du jour (décidément), la parole à Alain DININ, Président de NEXITY : « Il manque entre 500 000 et 1,5 million de logements en France. » Qu’on construise des logements accessibles et la majorité des demandeurs d’emploi pourra prendre le premier contrat venu pour assurer les traites !!! C’est mon avis…

On peut aussi attendre et regarder Randy Brown au journal du soir sur TF1. Randy est un jeune Américain qui travaille pour rembourser le prêt qui lui a ouvert les portes de l’Université. C’est un « SDF mobile » qui dort dans sa voiture sans pouvoir se payer un logement. Les médias aiment bien nous montrer que c’est décidément plus pourri aux Etats-Unis qu’ici. C’est pas ce que me disait un ancien voisin, Franck, rencontré la semaine dernière qui a, depuis 2 ans, émigré aux Etats-Unis. En vacances ici, il ne regrette pas d’avoir quitté une société, selon lui, sclérosée. Faudrait dire à PPDA que la France connaît également ses Randy Brown. Le scoop pour certains…

CPE, c’est comme Capri. C’est fini. Bon, avant de reparler nouveaux contrats et réforme du droit du travail, et si on décidait une vraie politique du logement (notamment social) et de l’urbanisation ?

Publié dans Orange

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Benoît L. 12/04/2006 00:12

Hé, mais tu me tapes une chandelle dans mes 22 là ?Comme je n'ai pas trop le temps de te répondre, je vais vite tenter de me dégager et taper en touche.
Je crois effectivement qu'il y a de gros problème avec le logement et qu'il va continuer à y en avoir vu certaines conneries qui se font actuellement.
Néanmoins, je pense que (copie d'un commentaire sur un autre blog) :- il y a une partie de la population qui est sur-protégée quand d'autres sont sous-protégés (et ce n'est pas seulement une question de riches et de pauvres)- je suis favorable à un plus de flexibilité si elle touche tout le monde et si en contre partie existe de vrais systèmes de protection et surtout d'accompagnement (moins d'indemnisation, plus de formation, notamment). Pour y avoir eu affaire, je trouve le fonctionnement de l'ANPE dépassé (faut dire aussi qu'ils ne savent pas ce que c'est de chercher du boulot). Dans les pays nordiques qui applique le modèle de la "flexisécurité", ils ont, à mon avis, un vrai service de l'emploi.- il devrait exister de "vrais" conseillers d'orientation, en quantité et de qualité, auprès des jeunes du collège à la fac. On aurait un peu moins de personnes qui se retrouveraient face à un mur- tant qu'on est dans l'éducation, je reverrai la sélection des nouveaux enseignants, je privilègerais ceux qui ont la vocation, pas ceux qui ont la tête bien pleine et aucun sens pédagogique- l'action publique devrait être mieux contrôlée et évaluée (on commence, mais on est encore loin du compte). On est, par exemple, incapables d'évaluer les effets des différentes politiques aplliquées depuis 20 ans. Comment aller de l'avant dans cecas ?- je ne suis pas dû tout d'accord pour dire que notre pays est de moins en moins riche. On est moins dynamiques que d'autres, mais le pays s'enrichit, enfin, certains car les écarts se creusent trop à mon goût entre les plus riches et les plus pauvres- je pense que les problèmes, comme ceux des banlieues, ils faut les traiter à fond sans attendre. Si on avait mis l'argent que l'on met aujourd'hui il y a 15 ans, il n'y aurait plus de problème. Aujourd'hui, ce n'est pas assez.Et cet argent que l'on ne met pas pour offrir de vraies perspectives à certains, on le paye en démultiplié après.- vous savez que l'Etat dépense plus d'argent pour la construction défiscalisée (de robien) que pour le logement social ? Vous trouvez cela normal ?- vous savez combien il existe de forme d'emplois aidés ? Une trentaine, je crois.- je pense que de manière générale, on a besoin de simplifier nos lois, y compris le code du travail. Cela ne veux pas dire élaguer, mais négocier de nouveaux compromis globaux- il faut responsabiliser les gens. On est contre les bouchons, la pollution, on a pas assez d'argent, mais beaucoup continuent d'aller presque tous au boulot seul dans notre voiture.- il faut s'arrêter de s'endetter autant. Le montant de l'impôt sur le revenu sert à payer les intérêt de la dette!
Personnellement, j'ai tendance à penser que c'est à la manière dont elle traite les plus faibles que l'on peut juger une société.

Gérald Alexandre Roffat 12/04/2006 22:34


:) Merci pour ta contribution. Je partage tes idées sur ce sujet. Je pensais effectivement à toi en écrivant ce billet. Reviens en jeu quand tu veux avec un commentaire ou des liens. De quels travaux ou réalisations pourrait-on s’inspirer en termes d’urbanisation et de mixité sociale, à ton avis ?