Discrimination positive en Inde

Publié le par Gérald Alexandre Roffat

Discrimination positive pour les intouchables

« Le gouvernement veut obliger les entreprises à réserver des emplois aux basses castes, comme le font déjà les administrations. » […]

« Mais la plupart des entreprises, elles, ne l’entendent pas de cette oreille. Les pratiques discriminatoires en matière d’embauche, soutiennent-elles, mettent à mal les profits. En ces temps de concurrence internationale, il vaudrait mieux mettre l’accent sur les qualifications, le mérite et l’efficacité plutôt que sur l’appartenance à telle ou telle caste. L’interventionnisme économique ne ferait qu’entraîner une perte de productivité et entraver les mécanismes naturels du marché. Selon les milieux d’affaires, il est préférable que l’Etat et les entreprises créent un environnement favorable aux basses castes en offrant des bourses et en mettant en place de bonnes infrastructures éducatives, afin de mieux les armer pour affronter le marché du travail. » […]

« L’instauration des quotas s’inscrit dans l’histoire socio-économico-religieuse de l’Inde, au cœur de laquelle se trouve un système hiérarchisé de castes qui perdure depuis des siècles. » Courrier international - n° 805 - 6 avril 2006

« Les échecs et les effets pervers de la discrimination positive en Inde 

 

Si la discrimination positive a permis d’émanciper les "intouchables", elle légitime les inégalités fondées sur les castes qui sont pourtant interdites par la constitution. Le fait d’apporter de l’aide à des minorités revient à reconnaître qu’elles existent dans un État où chaque individu est de droit égal à l’autre. En cherchant à réduire l’influence des castes, l’État a fait l’inverse en reconnaissant une hiérarchie entre elles. La discrimination positive a stigmatisé les "intouchables", les aborigènes et les basses castes, elle a pu leur donner une mentalité d’«assistés ». L’État doit maintenant jongler avec les dénominations : s'il ne doit plus voir les citoyens en termes de castes, comment répertorier les "intouchables" ? De plus, il est impossible de répertorier correctement les castes puisque le dernier recensement les reconnaissant comme telles date de 1931. D’autres problèmes plus graves sont à déplorer, comme les effets pervers des lois constitutionnelles contre la discrimination. En effet, certains agents de l’État tel que les policiers légitiment des actes commis envers les "intouchables". Par exemple, lors d'un refus d’accès à un puits, la police refusera d'agir contre ceux qui enfreignent la loi, sous prétexte que l’État ne reconnaît plus l'existence des castes. Pour elle, il n'y aura donc pas de problème.

Outre les effets pervers de la discrimination positive, on peut observer des problèmes liés aux O.B.C. les basses castes n'étant pas autant choyées que les "parias", on cherche depuis 1955 à inverser cette tendance. En décembre 1980 la commission Mandal (du nom du son président) rend son rapport : il propose que les O.B.C. aient 27% de siège réserver au parlement, dans l’administration et dans les universités. Cette revendication est normale, les OBC sont deux fois plus nombreuses que les S.C. et S.T., et n’ont pas de quotas. seulement si on additionne le nombre «d’emploie réservés » des O.B.S, des S.C. et des S.T. on atteint quasiment la moitié des poste des offerts dans l'administration indienne soit 49,5%. Mandal respecte donc la constitution en ne dépassant pas le seuil psychologique des 50%, mais commet une erreur qui sera lourde de conséquences. En effet le Premier ministre V.P. Singh, au pouvoir en 1990 décida pour la première fois en dix ans (ces prédécesseurs n’ayant jamais osé le faire) de mettre en place ces quotas. Ce qui provoqua la colère des hautes castes, qui comme, en 1981, décidèrent d’organiser une sanglante révolte. Après de nombreux morts, la cour suprême donna en 1992, un coût d’arrêt au dangereux projet. Depuis, cette question n’a jamais été remise à l'ordre du jour, mais pour combien de temps ? Ce sujet a une forte capacité de mobilisation électorale : celui qui propose ce type de réforme, à la garantie d’obtenir le maximum de voix chez les OBC. On assiste depuis ce projet, à une «castéisation » du discours politique. On n’a jamais entendu autant qu'aujourd'hui des discours démagogiques à l'égard des basses castes. Le but étant bien sur de faire avant tout du marketing politique. Par exemple, le Premier ministre de l’état de l’Uttar Pradesh (le plus peuplé et regroupant le plus grand nombre d’'intouchables') cherche à créer une nouvelle catégorie d’individu nommé M.B.C., « most backward castes », les castes les plus de défavorisées, en vue de sa réélection . Il faut aussi ajouter que la catégorie des OBC est un ensemble très hétérogène. Nous avons vu précédemment que la notion de castes n’était pas lié à la richesse. On peut ainsi être OBC mais aussi très riche et puissant, ce qui est le cas de certaines castes paysannes. Les mesures d’aide aux O.B.C. ne concernent en fait que la minorité fortunée qui cherche à conquérir le pouvoir. Désormais, on tente donc d'exclure les membres riches des OBC, ce qui ne fera qu’accélérer le processus de division, et de stigmatisation au sein de la nation. Les mesures visant à générer l’équité dans le pays ont montré leurs failles : stigmatisation, oublis des principales personnes concernées (les "intouchables") au profit d’autres groupes, électoralement plus rentables (électoralisme), illusion d’une société égalitaire. » Collectif Wikipedia

Du sang indien coule dans mes veines. Du sang de quelle caste ? Allez savoir… J’aime l’Inde de LAGAAN, l’Inde du vivre ensemble malgré le poids du monde. D’Afrique du Sud, des Etats-Unis, d’Inde ou d’ailleurs, la discrimination positive montre ses limites et ses dangers à qui sait regarder au-delà du gain immédiat.

Article après article, j’essaye de transmettre mon message. J’ai parfois peur de me répéter et pourtant… Dans un entretien publié sur Focus RH, Anne Roumié, en charge, auprès du DRH, de la politique de diversité chez Eau de Paris, m’a rassuré.

Sur le plan pour la diversité dans l’entreprise Eau de Paris :

« Qu’en pensent les salariés ?

Ils sont extrêmement favorables à l’ensemble de la démarche. A tel point qu’ils sont demandeurs de piqûres de rappel, tous les six mois ou tous les ans. Nous avons en effet constaté qu’au bout de ce temps, 70% des salariés ont "oublié" le message de la non-discrimination ! Notre objectif est donc de faire de ces thèmes le ciment de la culture d’entreprise. »

En action contre les discriminations à l’embauche, il faut rester sur le terrain. Ne rien lâcher aux responsables de discriminations et aux sectaires, tous formatés pour diviser l’humanité en groupes concurrents.

Publié dans Orange

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coup d'arrêt à la discrimination positive en Inde 20/04/2007 23:30

"Mini révolution au pays de Ganesh : la Cour Suprême a renvoyé au placard un projet gouvernemental de réservation de places pour les étudiants issus des castes inférieures dans les universités  prestigieuses du pays, notamment de médecine et d'ingénierie. Ce quota de places réservées devait commençait à s’appliquer dès la prochaine rentrée universitaire, dans quelques semaines.
Problème soulevé par la cour : ce programme se fondait sur les données du recensement de…1931, le dernier à avoir pris en compte les castes. Il faut rappeler que le système des castes a été officiellement aboli par la constitution indienne adoptée en 1949.
Tout le problème de la discrimination positive indienne réside donc dans la question  « comment réparer les discriminations dont sont encore victimes les Intouchables et les basses castes sans perpétuer un découpage de la société officiellement désuet ?»…
Autre problème de taille, autant les Intouchables et les populations tribales, déjà bénéficiaires de quotas (22,5% des places dans les écoles publiques), restent dans leur grande majorité extrêmement défavorisés, autant la catégorie des « basses castes » est hétérogène.
En outre, la division sociale par castes ne concerne que les Hindouistes (environ 82% de la population) et pas les minorités religieuses (Musulmans, Chrétiens, Jains, Sikhs…).
Le casse-tête indien en terme de discrimination positive n’est donc pas prêt de prendre fin. "

coup d'arrêt à la discrimination positive en Inde 20/04/2007 23:28

" Mini révolution au pays de Ganesh : la Cour Suprême a renvoyé au placard un projet gouvernemental de réservation de places pour les étudiants issus des castes inférieures dans les universités  prestigieuses du pays, notamment de médecine et d'ingénierie. Ce quota de places réservées devait commençait à s’appliquer dès la prochaine rentrée universitaire, dans quelques semaines.
Problème soulevé par la cour : ce programme se fondait sur les données du recensement de…1931, le dernier à avoir pris en compte les castes. Il faut rappeler que le système des castes a été officiellement aboli par la constitution indienne adoptée en 1949.
Tout le problème de la discrimination positive indienne réside donc dans la question  « comment réparer les discriminations dont sont encore victimes les Intouchables et les basses castes sans perpétuer un découpage de la société officiellement désuet ?»…
Autre problème de taille, autant les Intouchables et les populations tribales, déjà bénéficiaires de quotas (22,5% des places dans les écoles publiques), restent dans leur grande majorité extrêmement défavorisés, autant la catégorie des « basses castes » est hétérogène.
En outre, la division sociale par castes ne concerne que les Hindouistes (environ 82% de la population) et pas les minorités religieuses (Musulmans, Chrétiens, Jains, Sikhs…).
Le casse-tête indien en terme de discrimination positive n’est donc pas prêt de prendre fin. "