Denis Caminade se rebiffe sur le contrat nouvelle embauche

Publié le par Gérald Alexandre Roffat

« En reportant de deux ans la décision d’embauche définitive, le contrat nouvelle embauche fait passer les petits patrons au mieux pour des indécis, au pire pour des imbéciles. » Propos de Denis Caminade, DG de Décollage Vertical, entreprise de services de moins de 50 salariés, recueillis la semaine dernière dans le journal Les Echos.

Pour ce patron, le contrat à durée déterminée permet d’évaluer sur 1 an l’apport pour l’entreprise d’une nouvelle embauche (2 CDD de 6 mois).

C’est vrai, sauf que la souplesse n’est pas la même. Dans la pratique, le CDD donne en général lieu à une période d’essai relativement courte. Par ailleurs la date de renouvellement est fixé à l’avance et ne tient pas compte du contexte futur. En fait, avec le nouveau contrat, la décision de prolonger ou non collera avec le contexte.

Ce nouveau contrat est un nouvel outil pas un remède miracle. Il apporte plus de souplesse au marché de l’emploi. Notre marché de l’emploi est pointé du doigt comme étant un des plus rigides au monde. Il faut s’aligner sur certains points sur le reste du monde. On ne peut pas continuer à faire l’Europe, s’ouvrir au monde et ne pas s’adapter.

Pour Caminade, le frein majeur à l’embauche est constitué de l’ensemble des charges sociales trop élevées. Le coût du travail est effectivement l’autre frein majeur à l’embauche. Caminade propose l’exonération totale de charges sociales pour deux ans à l’embauche d’un chômeur indemnisé. L’idée se défend mais à deux ans et plus, le chef d’entreprise risque de préférer le changement. Pas facile mais on le saurait si ça l’était. J’attends avec impatience un premier bilan en fin d’année sur le contrat nouvelle embauche et ses premiers effets, sachant que ce qui est fait peut être défait.

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Gérald Alexandre Roffat 06/09/2005 22:16

Les temps changent. La génération Internet, nés entre 1975 et 1984, se différencie des précédentes sur deux points : l’autorité et la fidélité, selon Bernard Préel, Directeur adjoint du bureau d’information et de prévisions économiques.

Le mariage, l’engagement solennel par excellence, pour la vie, a du plomb dans l’aile. Idem pour les engagements professionnels de longue durée avec et envers l’entreprise. Le recrutement a un impact immédiat sur la vie des individus et sur celle de l’entreprise. Qui plus est dans une petite structure ou tous les postes sont stratégiques. « 70% des contrats proposés aujourd’hui sont des CDD et la moitié de ces contrats ne durent pas plus d’un mois ». Doit-on rejeter le CNE ?

A la base, je n’aime pas cette idée qu’on puisse se séparer d’un salarié sans lui donner un motif, même en période d’essai. Le terme de période d’essai a été retiré du CNE. J’ai soutenu la pétition en ce sens. Quant aux deux ans d’incertitudes, ils sont également partagés par l’employeur et c’est peut être cela qui rassure.

Aujourd’hui, qui sait si les travailleurs ne vont pas tourner le CNE à leur avantage ? Dans la hiérarchie des contrats de travail est-il à la dernière place ? N’est-ce pas une position d’attente idéale pour un CDI ?

ls 23/08/2005 22:27

Désolé pour les oublis et les mots en trop !

ls 23/08/2005 22:24

Je suis d'accord : "On ne peut pas continuer à faire l’Europe, s’ouvrir au monde et ne pas s’adapter"

Par contre, il ne s'agit pas non plus de faire n'importe quoi !

Ok, il faut s’aligner sur certains points sur le reste du monde.

Mais ce qui me gène, c'est que ce contrat apparait comme un cheveux dans une soupe !

Dans certains pays nordique, ce genre de contrat est très souvent utilisé.

Une entreprise connait des difficultés, elle licencie. Le marché se porte bien elle est embauche.

Mais derrière il y a les institutions qui proposent des formations. Les revenus en période de chômage sont de l'ordre de 85 % de la moyenne des salaires. Le chomage devient une courte période, car en contre partie les formations sont obligatoires, etc ...

Ce contrat est un outil avec lequel il est difficile de travail.

Adressez vous à une banque pour un prêt immobilier avec ce contrat. Vous allez voir on commence à moins rigoler là !

billy 23/08/2005 16:13

2 logiques s'affrontent.

la première est celle de la linéarité : dans cette perspective, l'emploi est considéré comme une activité continue, qui se consolide sur le long terme, en parallèle à l'activité économique qui ne peut que progresser régulièrement. c'est exactement l'idée du contrat indeterminé, que reprend le contrat nouvelle embauche : on estime que la plus grande difficulté de la petite entreprise est de trouver, pour 30 ou 40 ans, chaussure à son pied en terme de candidat, d'où les 2 ans d'essai du CNE, légèrement incongru.

la seconde logique se centre sur l'adaptabilité, que ce soit au niveau de l'emploi, de l'économie, des produits et services. rares en effet sont les entreprises qui peuvent prévoir l'avenir sur des décennies. d'ailleurs les petites entreprises ont souvent une vision à plusieurs mois, voire au lendemain : c'est la logique du cdd, de l'intérim, de l'emploi saisonnier, de la sous-traitance, de l'appel d'offre. on estime ici que la principale difficulté de l'entreprise reste la juste allocation des ressources humaines...


c'est pourquoi, fort du constat de cette dialectique managériale, le principe d'un contrat de mission de 3 ans a bien plus de chances de favoriser l'emploi que l'idée du contrat nouvelle embauche, qui s'appuie sur une logique dépassée des 30 glorieuses.

Gérald Alexandre Roffat 15/08/2005 17:28

Sur la mise en route du CNE, dans le même article, on peut lire:
" Par rapport aux CDD et aux missions intérimaires que j'ai enchaînés jusqu'ici, un CNE n'est peut-être pas plus mal, reprend Guido. La période de deux ans, je m'en fous. Même un petit salaire, je l'accepte. L'essentiel, c'est de travailler. Il y a urgence : mon compte est à découvert et l'Assedic me réclame un trop-perçu. Si on me propose un CNE maintenant, je le prends. Tout ce que je demande, c'est d'être respecté par le patron." http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-679612@51-673522,0.html
Guido, 29 ans a exercé quasiment tous "les métiers les plus recherchés" : manutentionnaire, agent de propreté, peintre, couvreur en bâtiment, etc.

Que les chômeurs soient peu demandeurs, c’est compréhensible. Le contrat nouvelle embauche est diabolisé par beaucoup. J’avoue qu’il n’aurait pas sa place dans ma société idéale. Cependant, une utilisation raisonnable de ce nouveau contrat peut desserrer le frein relatif à l’incertitude d’une embauche en CDI, dans les TPE.
On évoque de nombreuses raisons expliquant la frilosité des Très Petites Entreprises à créer de l’emploi en CDI. Le CNE apporte une souplesse qui devrait permettre en particulier d’adapter l’embauche de salariés à la conjoncture économique et au rythme de croissance des TPE.
Pourquoi ne pas essayer ? Devant la situation, mieux vaut de l’emploi précaire que pas d’emploi. Le pragmatisme de Guido montre où se trouve l’essentiel. On peut défendre le CDI classique bec et ongles comme modèle unique. Mais devant la pénurie de CDI classique, doit on rejeter de suite le CNE ?
Lire à ce propos :
A Qui S’adresse Le Contrat "Nouvelles Embauches" ?
http://www.premier-ministre.gouv.fr/information/questions_reponses_484/qui_adresse_contrat_nouvelles_53719.html

Le Contrat "Nouvelles Embauches"
http://www.cohesionsociale.gouv.fr/article.php3?id_article=171