Défendre la condition humaine avant tout

Publié le par Gérald Alexandre Roffat

« Pour la plupart de ces organisations, la diversité est un objet de discours politique, économique, culturel et social. J’estime que le concept de diversité est indéfini et ambigu, ce qui rend illisible les missions et les stratégies de ces organisations en charge de la problématique de la diversité. La diversité est-elle liée à la couleur de la peau, dans ce cas il est normal de parler de noirs, d’asiatiques, de maghrébins.

Or cette définition de la diversité est insuffisante car elle n’englobe pas que des phénotypes identifiés. Dans le cas de la France, la diversité est aussi assimilable aux populations considérées comme marginales (homosexuels, handicapés, etc.). Cette assimilation concerne aussi les territoires et les populations autochtones blanches de classe ouvrière. Pour éviter d’être cataloguées de communautaristes, certaines associations et fédérations défendant des noirs de France utilisent le concept de diversité à la place de celui de noirs.

L’élection de Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République et la nomination d’une noire française d’origine africaine ont contribué à renforcer l’ambiguïté du concept de diversité. Nicolas Sarkozy a-t-il nommé Rama secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères en charge des droits de l’homme en pensant à sa couleur de peau ou à la diversité.

Nicolas Sarkozy a, à sa manière, appliqué la discrimination positive à la Française, qui n’est autre que le volontarisme en politique pour promouvoir les débuts d’une politique d’égalité des chances. Le comble est que certaines associations et fédérations sensées représenter les noirs de France et en France ont combattu la politique de Nicolas Sarkozy pour s’en approprier par un tour de passe-passe, lorsqu’elles demandent que des noirs soient recrutés à un niveau hiérarchique élevé dans la fonction publique, dans l’armée ou dans les ministères régaliens.

Nous sommes là au cœur d’une politique de quotas qui ne dit pas son nom et a honte de s’afficher comme telle au nom de l’égalitarisme républicain. Le concept de diversité camoufle en fait une insuffisance de courage politique et de responsabilité actionnelle de la part de ces dirigeants d’associations et de fédérations. Il n’y a pas de honte, si on représente les noirs à afficher son communautarisme car la République reconnaît les particularismes.

Le problème pour ces associations et leurs dirigeants qui n’ont pas assez approfondi les liens entre universalisme de la République (celle des citoyens) et les particularismes individuels, fait que la diversité est un exutoire facile pour exister dans l’espace public. Sur le plan intellectuel, le concept de diversité reste indéterminé. Il en est de même sur le plan statistique ; quand on parle des noirs, pourquoi ne pas parler de statistiques ethniques plutôt que de louvoyer vers le concept de statistiques de la diversité. Un esprit non averti pourrait penser qu’il s’agit de la diversité globale (ethnique, territoriale, politique, culturelle) alors qu’il s’agit d’une diversité stratégique concernant soit des noirs, soit des jaunes, soit des blancs de classe populaire, soit des métis, soit des homosexuels.

Il faut appeler un chat un chat et ne pas avoir honte de la catégorie de population que l’on défend sous prétexte qu’on refuse par stratégie d’être catalogué de communautariste. Ma participation à la création d’associations et de fédérations depuis une dizaine d’années, ainsi que mes fonctions en tant que responsable, m’ont amené à voir que la diversité est instrumentalisée par des dirigeants d’associations et de fédérations et par les pouvoirs publics. Un livre reste à écrire pour présenter de l’intérieur des associations comment on conceptualise et on met en pratique le concept de diversité.

La diversité en tant qu’instrument pour les dirigeants et en tant que principe œcuménique pour les pouvoirs publics satisfait les uns et les autres. Pour les dirigeants d’associations, c’est le moyen privilégié d’accéder aux subventions locales et nationales. Pour les pouvoirs publics, c’est le moyen d’éviter de résoudre la question centrale qui est celle de l’intégration, de l’immigration que posent les populations étrangères sur le sol français. De manière stratégique, les tenants de la diversité à travers les statistiques sur la diversité veulent montrer qu’il y a des écarts de traitement entre les populations étrangères ? Noires ? Oui noires, quand on décode ce qu’il y a derrière le mot diversité.

En terme de solution, c’est le concept d’égalité qui est mis en avant, or il me semble que celui de proportion est préférable. Au-delà des méthodes de tri et d’échantillonnage et de techniques statistiques utilisées et discutables, il faut que les dirigeants des associations en charge de cette question, sensées représenter certaines catégories de populations (noire, jaune, maghrébine, même si pour certains de ces dirigeants on peut toujours disserter à l’infini pour dire que le noir et le jaune ne sont pas des couleurs) adoptent le concept de diversité active. Ce concept de diversité active est plus opératoire, celui de la simple diversité passive qui vise à dénoncer les discriminations ou l’absence de diplômés dans la haute administration ou la hiérarchie militaire. Demander que l’on recrute des membres de la diversité dans ces hautes fonctions, c’est ni plus ni moins recourir à la méthode des quotas et à la discrimination positive qui a été critiquée par ces mêmes dirigeants d’associations.

Nous sommes là dans le cas du serpent qui se mord la queue. Ce qu’il faut en terme de diversité active et pour que les statistiques aient un sens, c’est s’interroger sur l’absence des populations de la diversité dans les concours et examens qui préparent à ces hautes fonctions.

Les populations issues de la diversité n’y sont pas pour de multiples raisons dont celle-ci : manque d’information pour ces carrières, préparation insuffisante. En tant que membre du jury du CAPES d’économie, j’y vois très peu de noirs, à l’oral comme à l’écrit. Pourquoi ? Ils ne sont pas plus bêtes que d’autres, cela tient à une absence d’information et la plupart des populations d’origine africaine sont dans des filières courtes professionnelles.

L’observation statistique avec les populations d’origine asiatique montre des résultats étonnants, de l’Ena en passant par Polytechnique, Sciences Po et les grandes écoles ainsi que l’Université, on trouve de façon massive des représentants de ces populations. Plutôt que de s’indigner, de demander que les pouvoirs publics apportent de l’aide, il est dans le devoir des dirigeants des associations de la diversité d’informer les élèves et étudiants sur la connaissance du système éducatif français et à quoi sert l’école en France. Voilà un débat que je veux mettre sur la place publique, je n’ai pas raison sur tout. Le responsable d’association que je suis, doublé de « l’honnête homme » maniant les idées, veut que certaines questions ne soient cadenassées par des associations et des fédérations et qu’il est urgent de rendre intelligible un certain nombre de concepts et de pratiques pour éviter de duper les populations. La diversité est l’un de ces concepts qui nécessitent une activité sociale en terme de réflexion et de pratique beaucoup plus sérieuse qu’il en a été jusqu’à présent. »

Lucien Pambou, Professeur de Sciences économiques et politiques, Président de l’association « Développement, Diversité, Partage » sur SudOnline.sn

Les populations noires sont moins présentes pour de multiples raisons dans les concours et examens qui préparent à des hautes fonctions dont celle-ci : manque d’information pour ces carrières, préparation insuffisante.

Je crois aussi que certaines populations noires se limitent inconsciemment. J’espère ne pas être mal compris. On sait que l’affrontement entre l’islam et la chrétienté a alimenté en chrétiens et en maures les marchés d’esclaves des deux côtés de la Méditerranée médiévale. On sait que l’asservissement de l’homme par l’homme n’est pas exclusivement l’asservissement de l’homme noir par l’homme blanc. Aujourd’hui encore, le trafic et l’exploitation de millions d’enfants n’épargnent aucune ethnie. Pour citer Frantz Fanon : « Il n’y a pas de mission Nègre, Pas de fardeau blanc. » C’est ma conviction. L’humanité est collectivement responsable de l’esclavage et de l’asservissement de l’homme par l’homme.

J’ai une autre conviction. Certaines populations noires n’ont pas encore réussies à opérer la démarche de résilience qui s’impose suite à l’épisode dramatique de la traite des noirs. C’est une observation et une interprétation personnelle. Je crois que cela joue particulièrement chez certaines populations noires créoles et américaines.

Les populations noires ne doivent pas se sentir esclaves de l’esclavage pour reprendre une formule de Fanon. Je crois que les pouvoirs publics doivent apporter de l’aide aux populations noires comme à toutes les populations qui souffrent. La traite des noirs a été une catastrophe, à isoler de la colonisation qui a été un échec traumatisant. Il faut dans tous les cas multiplier les processus qui contribuent à la résilience. En voici deux : la positivité de soi et la responsabilisation.

Réhabilitons et/ou promouvons les noirs et métis qui ont fait qui nous sommes aujourd’hui. Louer Victor SCHOELCHER et oublier Cyrille Charles BISSETTE, c’est avoir une mémoire sélective injuste. Et c’est incompréhensible aujourd’hui. C.C. BISSETTE est l'homme de couleur libre qui a le plus écrit, le plus ferraillé contre l'esclavage au 19ème siècle. « Vous n’avez pas le monopole du combat contre l’esclavage, Monsieur SCHOELCHER. » doit penser C.C. BISSETTE dans sa tombe. Il n’y a « Pas de monde blanc, pas d’éthique blanche, pas d’intelligence blanche » écrit Fanon. Il n’y a pas de monde noir, pas d’éthique noire, pas d’intelligence noire, dois je ajouter. Il y a le monde que décrit JFK : « En dernière analyse, notre lien commun le plus basique est que nous habitons tous la même petite planète, nous respirons tous le même air, nous chérissons tous le futur de nos enfants, et nous sommes tous mortels. » Il y a l’éthique et l’intelligence qui ne sont pas les choses les mieux partagées en ce bas monde. Ce qui est certain, c’est que les degrés d’éthiques et d’intelligence n’ont pas de frontières ethniques !

Préférons la méritocratie et la condamnation des actes discriminatoires aux discriminations positives et quotas pour nous responsabiliser collectivement. Aux critiques de la méritocratie, je dis que la méritocratie est injuste quand elle n’est pas équitable. Pour le recrutement, mon domaine de compétences, je crois qu’on peut faire bouger les choses en modifiant nos méthodes de sélections. Trop de critères de sélection sont injustes, à commencer par le type de diplômes requis pour certaines fonctions (je ne parle pas des médecins évidemment). Je crois d’ailleurs que l’ensemble de la profession adoptera des méthodes de sélections plus justes par la force des choses. La nécessité de faire face à une importante pénurie de compétences dans un futur proche me donne l’espoir que la société va évoluer.

Pour conclure, j’espère que lorsque je parle des sujets de discriminations, égalité des chances, diversité ou autres sur le blog pourpre, je touche aussi bien les noirs que les blancs ou que quiconque.

Publié dans Orange

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