Coupe du monde de Rugby 2007 : Les Springboks champions, blancs, métis et noirs ensemble

Publié le par Gérald Alexandre Roffat

Pendant la durée de la Coupe du monde de rugby, ma ville d’adoption a porté les couleurs des Springboks. « Noisy, c’est beau, super, fantastique ! » déclarait cette semaine Schalk Burger, le 3ème ligne des Boks à la presse noiséenne. Alors, j’ai été content pour eux, pour nos invités. L’Afrique du Sud montre un nouveau visage. Celui d’une nation multicolore qui s’unie, pas à pas, sur le chemin de la réconciliation. Après Nelson Mandela portant le maillot qui symbolisait autrefois le nationalisme afrikaner, voici Thabo Mbeki portant la coupe sur les épaules des joueurs et du staff sud africain.

Ces gestes de réconciliation très symboliques, appellent à cimenter les liens entre blancs et noirs mais restent des symboles qui ne reflètent pas encore une réalité. Je suis plutôt critique vis à vis de la politique anti-discriminatoire en Afrique du Sud depuis la fin de l’apartheid. Cette année encore, Butana Komphela, président du parlement sud africain, menaçait d'empêcher les Springboks de participer à la Coupe du monde si un quota de joueurs de couleur n'était pas respecté (6 joueurs non blancs, au minimum, sur 30). Butana Komphela voulait priver l’équipe des visas nécessaires pour venir jouer en France.

Pourtant, dans les règlements de l’IRB, on ne parle jamais de nationalité et encore moins de couleur de peau, mais d’attachement au pays. La règle 8 l’énonce explicitement. Elle a pour objectif de maintenir un lien sérieux entre le joueur qui porte le maillot de la sélection et la nation représentée. C’est un attachement selon trois critères : le lieu de naissance, le lien familial ou le lieu de résidence du joueur (36 mois minimum).

Le sport reste un élément critique de l’identité nationale. En Afrique du Sud, selon la presse locale, Jack White sera le dernier blanc à entraîner les Springboks et l’équipe post Coupe du monde devra aligner au moins 10 joueurs non blancs. Cela changera-t-il grand chose si on ne s’attaque pas aux racines du mal en Afrique du Sud ou ailleurs en matière de lutte contre les discriminations raciales ?

Je crois que les joueurs ne veulent pas qu’on puisse penser qu’ils ont été retenus pour remplir un quota. Et je crois que les spectateurs apprécient davantage la couleur du maillot que la couleur de ceux qui le portent.

 Par ailleurs, on peut penser que les rugbymen noirs des townships attendent des ressources humaines, matérielles et financières pour pouvoir jouer et progresser au rugby, plutôt que des symboles.

« J'espère que d'avoir soulevé la coupe et de la ramener à la maison va pouvoir créer un scénario qui va souder les gens et les aider à cesser de raisonner en termes de groupes et de couleurs ». John Smit, capitaine des Springboks. Et d’ajouter : « depuis 95, l’Afrique du Sud a fait beaucoup de progrès en ce sens. Toute la population va fêter la victoire. Il n’y a qu’une couleur dans cette équipe, celle de notre démocratie toute récente.»

Publié dans Orange

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COOL 09/01/2008 20:06

Rugby: De Villiers premier sélectionneur noir des Boks
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