Gaston Monnerville n’est pas un symbole mais une référence

Publié le par Mr POURPRE

 



Gaston Monnerville disait : " Le fils d'Outre-mer que je suis doit tout à la République. C'est elle qui, dans ma Guyane natale, est venue m'apporter la dignité et la culture. C'est elle qui m'a tout appris et qui a fait de moi ce que je suis".

 

Si Gaston Monnerville n’est pas un symbole, il n’en demeure pas moins, une référence pour tous les citoyens français.

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Calvin 20/07/2010 23:34



Voilà ! C’est précisément ton raisonnement que je trouve tellement « français ». Tout y est tellement nuancé,…  c’est cette culture du
détail qui pour moi est typiquement française. Je préfère voir les choses de manière plus simpliste, plus schématique.


 


Sur la France en déclin, tu me dis que la France était leader mondial dans la plupart des innovations. Mais pour moi, « leader mondial » ne veut pas dire grand chose. C’est vrai que bon
nombre d’innovations venaient de France, mais celles-ci étaient mal exploitées à mon sens. Par exemple : la mécanique française était supérieure à la mécanique américaine. Mais la Ford T
était produite en masse et avec l’avantage décisif du prix. Du coup, une grande proportion d’américains ont pu profiter de cette innovation, avec tout ce que cela implique dans le développement
économique d’un pays. Voilà pour le premier chapitre sur le XIXe et la première moitié du XXe.


 


Également pour cette période, je pense que militairement, la France a perdu en 1871 pour ces mêmes raisons. Si je me souviens biens, les prussiens ont pu défaire l’armée française grâce aux
chemins de fer. Ils ont pu mobiliser rapidement un grand nombre de soldats et les amener sur le champ de bataille avant même que l’armée adverse puisse s’organiser. C’était une utilisation
simple, massive et pertinente des nouvelles innovations. (Mais bon il faut aussi dire que Bismarck avait déjà défait les autrichiens et danois, et leur armée était déjà largement préparée à la
différence de la France).


 


J’imagine bien qu’aujourd’hui, l’armée n’est plus dirigée par des ânes. Mais cette métaphore est pour moi l’image même du pays d’aujourd’hui : Toute la classe politique est totalement déconnectée
de la réalité, ils n’ont aucune idée de ce que vis le peuple. Ils prennent des décisions totalement stupides, ils ne font que mettre des bâtons dans les roues des citoyens. Pourquoi est-ce que
dans ce pays, les personnes les moins aptes à diriger sont celles qui gouvernent ? J’essaye de comprendre comment un système qui marche sur la tête puisse encore perdurer, j’essaye de
comprendre mais je n’y arrive pas. (Ça m’exaspère)


 


Plus je vois la France et plus j’aime là ou j’habite (la Suisse), mais ceci uniquement sur un plan politique. On a la démocratie directe, c'est-à-dire qu’on vote pour tout et pour rien (c’est
parfois assez ridicule). Mais ce qui est génial, c’est que c’est le peuple qui décide TOUT LE TEMPS.  Les élites qui croient être supérieures à la
populace se font remettre à l’ordre au moindre écart, du coup elles sont forcées de s’intéresser à la réalité du terrain si elles ne veulent pas être détestée. Parfois, une partie de la
population déplore l’issue des votes, mais sont forcées d’accepter ces décisions parce qu’un plus grand nombre ne pensent pas comme eux. Du coup, Les décisions ne sont jamais contestées et sont
toujours légitimes.


 


Dernièrement, ils ont fait un sondage en France, Allemagne, Autriche et Italie voisine pour savoir si ils souhaitaient être rattaché à la Suisse (http://www.bluewin.ch/fr/index.php/136,296801/La_Suisse_plaît_aux_frontaliers,_selon_un_sondage/fr/news/suisse/sda/
) : Eh bien tu peux voir que le résultat varie entre 48 et 52 % (presque une majorité), première cause de ce choix : La démocratie directe (entre 82 et 72%). Donc ce n’est peut-être pas
que la France qui est dirigée par des ânes, mais toute l’Europe. Je crois sincèrement que plus le peuple a le pouvoir, mieux le pays est géré. J’en veux pour preuve le niveau économique : En
Suisse, le salaire moyen est d’environ 4000 Euros, le taux de chômage est de 3.7%.


 


Donc oui, je pense qu’il est plus que temps que les Français se débarrassent de leurs élites qui sont un véritable boulet pour le développement social ou économique du pays. Peut-être penses-tu
qu’il est pompeux de ma part de parler au nom des français sans pour autant vivre en France. Mais la Suisse est le premier pays d’émigration des Français, j’en côtoie beaucoup au travail, et je
leur demande ce qu’ils pensent de la situation (j’aime bien discuter de ce genre de choses), et ils ont tous le même discours. Tout comme ma famille, mes amis vivant en France. Ce qui m’emmerde
le plus, c’est que cette situation va surement profiter à l’extrême droite.



Mr POURPRE 26/07/2010 18:19



Calvin,


 


« Leader mondial » ? Cela souligne que la France n’était pas qu’une puissance culturelle au démarrage de la guerre de
1870-1871.


 


Au contraire, d’après l’historien Jean-Pierre RIOUX, en 1860 la France figurait au 5ème rang mondial des grandes puissances industrielles
devant l’Allemagne, comme en 1840. Le classement s’est inversé en 1880.


 


On a débuté la guerre à 250 000 soldats Français contre 600 000 soldats Prussiens équipés des meilleurs canons (pas de pot pour
les Français équipés avec le Chassepot, le meilleur fusil de l’époque).


 


Avant la guerre, la France était une puissance industrielle supérieure à l’Allemagne. En 1810, la France se classait déjà à la 4ème place
devant la Suisse et l’Allemagne.


 


Dans ce classement, le niveau de développement est établi à partir des indices de consommation de coton brut, de fonte, de houille, de
force motrice et du développement ferroviaire. 


 


Nous ne sommes pas ici dans un cours d’Histoire et je ne suis pas spécialiste mais on ne peut pas parler d’une « défaite de la culture
face à l’industrie » pour ironiser sur un supposé esprit « tellement français ».


 


On n’est pas obligé de s’auto flageller à longueur de temps, de pleurer continuellement sur la déliquescence de nos élites ou le déclin de
la France. Il y a un temps pour tout. L’introspection est positive quand elle est limitée dans la durée.


 


C’était mieux avant ? Ce qui compte, c’est que cela ne peut plus être comme avant. Le monde change. Il est de plus en plus
interconnecté. Les limites spatio-temporelles bougent. Le monde change et toutes les nations tanguent.


 


C’est mieux ailleurs ? Faut-il croire Kundera quand il dit que le sondage est devenu une sorte de réalité supérieure ; ou pour le
dire autrement, qu’il est devenu la réalité ? Si on considère les fortunes françaises à l’ombre du fisc helvète, l’herbe est en effet parfois plus verte de l’autre côté de la barrière.
4000€ et taux de chômage à 3,7% ? Vision partielle ou « simpliste ». Et le coût de la vie du pays et les charges salariales ? Et comment sont vus les Français en
Suisse ?


 


Personnellement, le système politique Suisse ne me fait pas rêver. On a déjà le référendum (quand il n’est pas bafoué !). Le fait de
voter directement pour ou contre une loi (ou une initiative populaire) n’implique pas d’avoir les capacités pour bien appréhender l’environnement et les conséquences que cela peut
provoquer.


 


Faut-il renouveler nos élites ? Je le pense mais en relançant l’ascenseur social dans les deux sens.


 


Faut-il avoir peur de l’extrême droite en France ?


Combien de communes (sur environ 37 000) sont-elles dirigées par l’extrême droite en France ? Il faut voir les prochains
rebondissements à Hénin-Beaumont (ça peut faire 1 sur 37 000 !). Quel a été le score du FN au second tour de l’élection présidentielle de 2002 ? 17,79 % (10,44 % au premier tour en
2007).


Je n’ai pas peur des épouvantails.


 


Et en Suisse, c’est comment ? On verra après les votations fédérales du 28 novembre 2010.
http://www.svp.ch/g3.cms/s_page/79870/s_name/campagnes


 


En plus, à force d’écouter les sondages, voilà que les nationalistes Suisses veulent nous croquer.
http://www.lalsace.fr/fr/sorties/aujourdhui/article/3356917/Un-parti-suisse-veut-annexer-les-regions-limitrophes.html (C’est mieux ailleurs ?)


 


Ce qui m’intéresse, c’est de vivre ici, dans la meilleure France possible, pour tous ses habitants (avec entre autres une référence comme
Gaston Monnerville qui a pris l’ascenseur social à la française en son temps).



Calvin 16/07/2010 21:26



J'ai adoré ton commentaire sur dailymotion, ça m'a inspiré sur la conception de la France. C'est cet esprit qui pour moi est tellement "frenchy". (un peu désuète.) Le Français étale sa culture,
il estime que la littérature est au centre de tout,... peut tout expliquer, et il occulte tout autres formes de représentation. Monnerville est une référence puisqu'il a fait abstraction de son
origine pour embrasser la connaissance. C'est un peu le "french dream".


Cette conception de la réalité est endémique à cette langue. Dans d'autres cultures, ce n'est pas la littérature mais le travail qui prime, ou encore les relations. Connaître la littérature est
important, il a permit un essor considérable lors des lumières, et de ce fait : L'essor de la France comme une puissance culturelle considérable. (En gros je veux dire que l'encyclopédie de
Diderot à arraché le paysan français de ses croyances moyenâgeuses pour lui inculquer des croyances fondées et rationnelles. Et a également permis à tout le monde (d'où qu'il vienne) de
s'arracher de l'obscurantisme. Donc, cette connaissance avait quelque chose de sacrée)


La citation de Monnerville : "La république est venue m'apporter dignité et culture dans ma Guyanne natale" est pour moi assez juste, c'est ce qu'offre la France à qui le voudra: sa
littérature. (j'ai lu quelques posts de ton blog, et j'ai l'impression que tu cherches à définir "l'esprit républicain" et ses bienfaits.)


Mais pour moi. La connaissance du verbe n'est qu'une composante du développement et d'une société "meilleure". Elle seule ne suffit pas. La France a subit un déclin relativement net face à
d'autres pays au XIXème siècle. La défaite de 1871 face à l'Allemagne en est la preuve. C'est la défaite de la culture face à l'industrie.


La croyance selon laquelle "Un homme cultivé aura forcément l'avantage sur un autre qui ne l'est pas" (l'esprit français à mon sens) était également valable sur un plan militaire. Et c'est là la
limite de la représentation française. On mettait des généraux qui n'avaient jamais eut d'arme à la main, mais qui étaient des hommes de salons à la causerie brillante. En gros, ces généraux
n'avaient aucune perception de la réalité du terrain. Les Allemands disaient "Les Français sont des lions dirigés par des ânes" s'en suit des défaites cuisantes qui se répétèrent dans l'histoire.
J'ai appris l'allemand à l'école, nos profs faisaient souvent des blagues sur les gens qui ont fait beaucoup d'études et qui sont inaptes à la pratique. Cette conception (culte de la pratique)
est pour moi inhérente à la langue allemande : Tu n'est rien tant que tu n'auras pas pratiqué. Elle s'oppose donc à la conception française et la critique de manière étonnamment juste
: L'incompétence de l'élite dirigeante française qui fait des choix qui ne convient pas à la réalité.


(Bravo si tu as réussi à me lire jusqu'au bout et si tu as réussi à suivre mon raisonnement)



Mr POURPRE 17/07/2010 15:12



Calvin, 


Je ne sais pas si « le Français étale sa culture » mais les Français (je m’inclus à l’insu de mon plein gré) sont les deuxièmes
consommateurs mondiaux de confiture, juste derrière nos cousins allemands ;-) 


Dans Mes étoiles noires, Lilian Thuram écrit : « L'Homme, petit ou grand, a besoin d'étoiles pour se repérer. Il a besoin de
modèles pour se construire, bâtir son estime de soi, changer son imaginaire, casser les préjugés qu'il projette sur lui-même et sur les autres. » Gaston Monnerville n’est pas une
référence « puisqu’il fait abstraction de son origine ». C’est la connaissance du passé et l’acquisition du savoir qui fondent l’émancipation. Gaston Monnerville est une référence car
il participe au refus de la victimisation. 


Je ne vois pas en quoi le Français « estime que la littérature est au centre de tout ». Ce n’est qu’une dimension culturelle. Si
on s’aventure sur le terrain culturel, à choisir, je trouve plus intéressant la vision D’Iribarne, celle marquée par la logique de l’honneur. Dans les relations sociales, au travail ou ailleurs,
la France a gardé la référence aux ordres de l’Ancien Régime, séparés et hiérarchisés. Est-ce l'expression « exception culturelle française » qui prenant un sens polémique conduit
à nous stigmatiser ?


Je ne suis pas un défenseur inconditionnel de l’idéal républicain mais je ne le rejette pas en bloc. On peut en discuter et rénover le
modèle républicain, notamment en matière de lutte contre les discriminations, sans faire table rase du passé ni s’extasier devant les modèles extérieures (genre discrimination positive).


Sur la France en déclin : « A la fin XIX°, la France était leader mondial dans 22 innovations sur 25 : automobile, aviation,
haute-couture, banque, etc. » selon Henri Verdier. En quoi sommes nous plus sur le déclin que d’autres ? Sur quels critères ? La France traverse une période difficile, comme toutes
les nations. Le XXI ème siècle dessine en effet un nouveau monde. 


1871, la défaite de la culture face à l’industrie ? N’était ce pas plutôt la défaite d’une stratégie de fortification inappropriée ?
Avec la décolonisation, la guerre froide et les conflits contemporains, on peut juger de la supériorité de l’industrie sur la culture. Elle est très relative.


Par ailleurs, du Petit Caporal à nos jours (55 % des sous-officiers sont issus des militaires du rang et 45 % des officiers ont été
sous-officiers), le stéréotype du général français n’ayant jamais vu une arme a pour le coup du plomb dans l’aile. 


Des lions dirigés par des ânes, les Français ? Il y a une suite si on préfère : « Les Français sont des lions dirigés par des
ânes, le jour viendra où ces Français libérés de ces ânes redeviendront ces lions qui ont fait l'admiration de toute l'Europe ».


(Au plaisir de vous lire)